Tas de pierres ou cathédrale ?

Pensez grand

Think big! C’est le premier conseil que reçoivent les entrepreneurs d’une start-up, dès le moment où leur idée semble viable et capable d’évoluer. C’est aussi le conseil qu’a donné Frank Oostdam, le directeur de l’ANVR (l’association qui regroupe les agences de voyages aux Pays-Bas) lors de son discours ‘’Beach Barbecue’’ aux acteurs du tourisme (des politiciens et des chefs d’entreprises) en parlant de l’avenir. Penser grand, oser regarder au-delà du quotidien et de la routine et réfléchir aux défis qui nous attendent : voilà ce que nous devons tous faire. Car il y a du boulot.

Oubliez les problèmes relativement mineurs concernant le RGPD, la nouvelle loi sur les voyages, les fluctuations des cours de change ou le prix du carburant : ce sont des sujets qui coûtent sans doute du temps et de l’argent, mais ce ne sont pas ces problèmes, qui une fois résolus, vont faire changer le monde. Si le secteur du voyage, et surtout le vaste segment des vacances en avion, veut réaliser dans le monde d’aujourd’hui les scénarios de croissance prévus, il y encore pas mal de pain sur la planche. C’est le moins que l’on puisse dire.

Une citation d’Antoine de Saint-Exupéry : ‘’Un tas de pierres cesse d’être un tas de pierres dès lors qu’un seul homme le contemple avec, en lui, l’image d’une cathédrale.’’ En d’autres termes, voyons les choses en grand, pensons ‘’cathédrale’’, regardons au-delà des murs vers l’horizon et trouvons de grandes solutions aux grands défis.

Frank Oostdam en a évoqué plusieurs dont le tourisme durable et la croissance durable du transport aérien. Il a fait référence à une polémique dans les médias néerlandais à propos de la croissance débridée des voyages et des vacances. Une émission TV a en effet passé en revue toutes les conséquences négatives du tourisme d’une façon quelque peu unilatérale.

Quelque extraits : Le tourisme mondial est le principal secteur de croissance au monde, un emploi sur dix est lié au tourisme. A côté des grands avantages économiques, des préoccupations apparaissent cependant en matière de gestion des flux touristiques. Des villes risquent de devenir invivables et les habitants manifestent leur désaccord.’’

‘’Le déplacement permanent des personnes est responsable à près de 8% du réchauffement climatique.’’

‘’Bienvenue dans le monde du soleil, de la mer et… du plastique’’.     

Le début de l’émission montrait des images du salon des vacances annuel où des exposants incitaient les consommateurs à venir dans leur pays. Le message était clair partout : plus il y a de touristes, mieux c’est. Le reste de l’émission a ensuite mis crûment en lumière les côtés négatifs de l’intensité des voyages dans le monde.

Le fondateur du légendaire Lonely Planet a également pris la parole. Il a reconnu que Lonely Planet avait ouvert différents lieux au tourisme, mais que cela a aussi conduit plus tard à des excès. Il a cité, entre autres, le cas de Bali. Il a également souligné que les populations locales estimaient que la venue des touristes est une bonne chose dans la plupart des cas : ‘’Avant, c’était bien plus calme, mais nous n’avions pas d’écoles, pas d’hôpitaux ou de travail. Maintenant, nous avons tout cela et nous ne voulons pas revenir en arrière’’    

Bref : une problématique compliquée où les avantages des voyages et du tourisme sont essentiels pour le bien-être et le développement des populations, mais où les désavantages à grande échelle vont nettement à l’encontre de ces mêmes populations. 

Le président de l’ANVR a souligné la nécessité de répondre avec intelligence et une grande clairvoyance à ce dilemme stratégique incroyablement important. ‘’Nous devons faire entendre notre voix en tant que secteur de manière sensée et raisonnable. Nous devons réfléchir en termes de solutions et ne pas être constamment sur la défensive.’’

Le tourisme et ses leaders ont ici une chance de montrer au monde que nous pouvons aussi penser ‘’cathédrale’’ en tant que secteur. Cela n’a effectivement pas de sens de mener une guerre de position en essayant de masquer la vérité chacun dans notre coin. Il ne s’agit pas des effets collatéraux des bateaux de croisière sur l’équilibre de Venise ou de Dubrovnik, il ne s’agit pas seulement de la pression des aéroports sur leur environnement, il ne s’agit pas seulement des montagnes de détritus qui défigurent certaines destinations touristiques comme les Maldives. Il s’agit d’une problématique globale et il est nécessaire de d’avancer des arguments valables sur les avantages des voyages et du tourisme. 

Nous devons donc tous nous montrer actifs en termes de ‘’pensée cathédrale’’. Cet article est le premier d’une longue série sur les réponses possibles de l’industrie du tourisme à tous ces défis. Travel360° va encore prendre cette année des initiatives pour continuer à alimenter le débat. Car la planète et le tourisme sont essentiels. La planète rend la vie possible, le tourisme est une des activités qui font que la vie vaut vraiment la peine d’être vécue. Hell, yes !

 

27-06-18 - par Jan Peeters