60 millions de pax en 2023

L’ambition turque

La Turquie a vécu des années difficiles en tant que destination touristique. Les touristes européens l’évitaient suite à la combinaison du terrorisme et de l’instabilité politique. Apparaissait alors à chaque fois lors de la saison last minute une autre combinaison nettement plus gagnante : les prix bas et une grande disponibilité. Cela a aidé de nombreux hôteliers, tour-opérateurs spécialisés et compagnies aériennes à garder la tête hors de l’eau pendant les années de crise. Mais les temps restent difficiles.

2018 : une croissance sur tous les marchés

La situation pour l’été 2018 est toute différente. La Turquie joue à nouveau sur le terrain des réservations rapides. La méfiance n’est plus de mise. Tout le monde espère évidemment que la situation ne s’envenime pas dans les mois à venir, mais actuellement il semble que le touriste européen veuille avec impatience retrouver le chemin du rapport qualité/prix imbattable des formules All Inclusive en Turquie. Les responsables du tourisme ont toujours l’ambition de pouvoir accueillir 60 millions de touristes en 2023. Même si on en était seulement à un peu plus de la moitié (32,4 millions) en 2017, ce chiffre de 60 millions n’est pas irréaliste. La clé vers le succès : le retour des Européens, la croissance du marché asiatique ainsi que de nouveaux hôtels et de nouveaux concepts d’hôtels à Istanbul et sur la côte sud.

Des entrepreneurs turcs résistants

Les 10.000 lits qui sont venus s’ajouter dans la région d’Antalya étaient tous des projets datant d’avant la crise et qui étaient arrivés en phase de finition. En d’autres termes : cela coûterait plus cher de stopper des projets que de les terminer. D’autres projets ont bien été arrêtés ou reportés ici et là. Mais l’hôtellerie turque a également prouvé au cours des dernières années qu’elle était particulièrement résistante. Des chaînes comme Rixos, Crystal Hotels et le Stone Group, construites sur base de capitaux turcs et gérées par leurs propriétaires, ont veillé lorsque les affaires tournaient à plein régime à protéger leurs entreprises pour leur permettre de garder le cap en cas de coup dur.

La Turquie a les yeux tournés vers l’Orient

La Turquie se prépare aussi à une nouvelle période de croissance. De gros efforts sont entrepris pour séduire les marchés indiens et chinois, mais cela va engendrer de nouveaux défis, outre le fait qu’il y aura davantage de touristes. Lors de la première invasion des vacanciers russes all in, les conflits culturels n’ont pas été rares entre touristes. Un nouveau mix de différents continents et de modes de vie devra être suivi de près et géré avec doigté. Le top 5 actuel des nationalités : Russes (40%), Allemands (18%), Ukrainiens (8%), Britanniques (4%) et Hollandais (3%).    

De nouveaux concepts d’hôtels

Quoi qu’il en soit, les entrepreneurs du tourisme turc y voient de nouvelles perspectives. Les projets de nouveaux concepts d’hôtels ne manquent pas. Le précédent Paloma Club Sultan a rouvert sous le nom de Club Marvy en tant que concept tendance avec un brand marketing audacieux. En 2018, un hôtel All Inclusive A La Carte ouvrira ses portes, le Lujo Hotel Bodrum. TUI va ouvrir 4 nouveaux hôtels et la marque lifestyle de Mariott, Edition Hotel, en ouvrira un à Yalikavak. Le pic des nouveaux lits est cependant attendu en 2020 quand, selon de nouvelles prévisions, la capacité aussi bien à Istanbul que sur la côte sud ne suffira plus à accueillir le flux de touristes de l’Europe de l’Ouest et de l’Est et de touristes en provenance d’Asie.

Erdogan aboie, le gouvernement paye

Si après avoir lu ce qui précède, vous vous faites maintenant la réflexion ‘’à condition que rien de grave n’arrive entretemps’’, vous avez tout à fait raison. Mais nos interlocuteurs en Turquie étaient tous résolument positifs vis-à-vis de l’avenir. Un propriétaire d’hôtel que nous connaissons depuis des dizaines d’années déclare ceci tout en voulant garder l’anonymat :’’Considérons d’un côté la situation géographique, l’histoire et la culture de la Turquie et de l’autre nos réalisations au niveau du tourisme au cours des 20 dernières années. Malgré cela, nous restons en théorie une des destinations les plus fragiles au monde. En pratique, nous nous en sortons toujours grâce à un cocktail d’esprit d’entreprise, de vision et de courage. Dans mon entreprise, mais aussi dans celles de tous mes collègues, il y a partout des projets d’investissement.’’ Il ajoute ensuite à mi-voix :’’Nos politiciens savent aussi que le tourisme est la poule aux œufs d’or de la Turquie. Erdogan emploie des slogans agressifs sur la scène internationale, mais en même temps, le gouvernement subsidie chaque compagnie aérienne étrangère qui nous amène des touristes. C’est la Turquie tout craché. Nous sommes avant tout des entrepreneurs pragmatiques.’’

Des banques tout aussi pragmatiques

Les Turcs ont adopté ce comportement pragmatique lors de la période 2005-2015 (1005 in NL…) : pendant ces 10 années, la capacité hôtelière a augmenté de 250%. Le gouvernement et les banques ont soutenu cette croissance, mais ont aussi fait preuve de compréhension quand en 2015 les importants marchés russe et européen se sont mis à stagner. Un an auparavant, l’industrie turque du tourisme dans son ensemble présentait un déficit cumulé d’un petit 17 milliards. (d’euros ?)Pour les banques, c’était une situation de ‘’too big to fail’’ : vu qu’en temps normaux le secteur du tourisme est un investissement lucratif et en même temps une importante source de devises étrangères fortes, les emprunts ont été quasi tous réaménagés et des plans de remboursement souples ont été mis sur pieds. 

Trois années normales

‘’Tout ce dont nous avons besoin, ce sont de trois années normales’’ nous a encore déclaré notre interlocuteur turc. ‘’Si nous atteignons 2020 sans problèmes externes, vous allez alors voir que la Turquie va redevenir leader en matière de nouveaux concepts d’hôtels, dont de nombreux seront destinés à un segment supérieur.’’

Une certitude : la Turquie a besoin du tourisme européen, mais c’est aussi valable dans le sens inverse. La capacité offerte par la Turquie couplée à un produit qui reste attractif pour le client fait que le pays occupe une place très importante dans la gamme des produits mainstream. Et pas seulement pour les spécialistes en destination.

19-02-18 - par Jan Peeters