France : Jet Tours

Un Crocodile Aux Commandes

L’histoire des grandes marques du tourisme emprunte parfois des voies étranges et sinueuses. Une des marques de tour operating et de club de vacances les plus connues en France a été reprise après la liquidation de Thomas Cook par Hervé Vighier, le précédent patron de Marmara, un vieux crocodile et une légende dans le secteur français du voyage. Pleins feux sur les marques vendues et sur l’acheteur.

Jet Tours: une initiative d’Air France

Jet tours a été repris au Club Med par Thomas Cook en 2008. Mais l’histoire de la marque commence cinquante ans auparavant quand elle a été fondée en 1968 par une holding d’Air France. Les grandes compagnies aériennes investissaient dans des hôtels et des tour-opérateurs pour attirer aussi des vacanciers en plus des voyageurs d’affaires. Ils espéraient de cette façon remplir leurs vols avec moins de périodes de hauts et de bas. Un parallèle avec la situation actuelle saute aux yeux. Cinquante ans plus tard, l’histoire se répète avec, par exemple, easyjet et KLM qui tentent l’expérience avec leurs propres produits de vacances.

Le succès dans les années nonante

En 1993, l’actionnariat de Jet Tours s’est ouvert avec, entre autres, l’arrivée de Havas, Fram et Selectour. Oui, c’était une période bénie au siècle dernier où, à première vue, de très nombreux acteurs collaboraient entre eux. Jet Tours était bénéficiaire : 700.000 clients générant un chiffre d’affaires de 460 millions d’euros avec un prix moyen par pax de 657 euros. Pas mal pour les années nonante.

Reprises : pas vraiment un succès

En 1999,  Jet Tours a été repris par le Club Med. Ensemble avec la marque-mère,  Jet Tours s’est positionné comme marque premium de vacances. Le prix de cette acquisition : 74 millions d’euros. En 2008, Jet Tours a été repris à nouveau, cette fois par Thomas Cook. Le tour-opérateur ne comptait plus alors que 290.000 clients, une perte de 410.000 pax en à peu près 15 ans…

Crash TC : la liquidation

En 2019, Thomas Cook a fait faillite. Après que la plupart des agences de voyages aient trouvé abri chez les principaux vendeurs de voyages français, les différentes marques ont été mises en liquidation. C’est Hervé Vighier qui s’est emparé des marques Jet Tours et Eldorador pour un peu plus d’1 million d’euros. En coulisses, on parlait des projets de mise en ligne des marques pour commercialiser un portefeuille d’hôtels au Portugal, en Italie et en Tunisie, entre autres.

L’acheteur : Hervé Vighier, l’homme qui baisse le prix et augmente les bénéfices.

Hervé Vighier est un personnage dans le secteur français du tourisme. Il est admiré par les uns et décrié par les autres à cause de sa politique de prix très agressive avec Marmara dans les années 2000-2010. Mais les faits ne mentent pas : le bénéfice de Marmara est passé durant cette période de 4,5 millions d’euros à 23 millions d’euros et le nombre de clients de 500.000 à 1.200.000 ! Il faut le faire. La maison-mère de Marmara à l’époque était First Choice. Régulièrement, les grands pontes de First Choice côtée en bourse comptaient sur l’équipe de Marmara pour donner encore un peu plus d’éclat aux chiffres à la fin de chaque trimestre.

Il y avait cependant toujours des rumeurs qui circulaient parlant d’enrichissement personnel, de conflit d’intérêt et de fraude fiscale. Après la reprise de Marmara en 2007 par TUI, de nombreuses enquêtes ont été menées en interne et elles ont finalement conduit à une enquête judiciaire et à la mise en examen de Vighier. Lors du procès, on a évoqué blanchiment de fraude fiscale, commissions occultes et abus de biens sociaux. Vighier a été condamné, juridiquement et dans la presse. Mais l’homme n’est pas allé au tapis. Il connaît depuis ses vrais amis.  

Atout discrétion – Aussi sur les projets avec Jet Tours et Eldorador

Vighier a toujours vécu dans le secret. Il a accordé rarement des interviews et préfère recevoir ses partenaires en affaires dans son bel appartement au coeur de Paris. Discrétion avant tout. Il l’a encore prouvé avec l’achat des marques Jet Tours et Eldorador. Nous n’allons probablement plus entendre parler de lui jusqu’à ce qui revienne sur le marché avec ses projets pour les deux marques. Il a plus de 75 ans, mais il n’a clairement pas envie de s’arrêter. Ah, le tourisme : il est difficile parfois de couper les ponts pour certains.

A noter qu’en France, on s’attend à ce que Vighier prenne une initiative d’envergure après la reprise des deux marques. On a confiance dans sa vision, lui qui par le passé a su explorer des pistes que d’autres n’avaient tout simplement pas vues. Nous connaissons Hervé comme étant un véritable entrepreneur et un homme qui a sa fierté. Nous nous attendons aussi à une initiative intéressante, notamment parce le nouveau propriétaire accorde beaucoup d’importance à sa réhabilitation en France et dans le secteur international du tourisme. Affaire à suivre.

25-02-20 - par Jan Peeters