La voie à l’industrie mondiale du tourisme

Pairi Daiza

J’espère sincèrement qu’Eric Domb et Marc Coucke disent la vérité, réalisent leur vision d’avenir et réussissent ensuite dans leurs projets avec Pairi Daiza. Dans cet ordre. Car lorsque ces trois conditions seront réunies, alors cette initiative 

Des mots sans doute excessifs, je le sais. Mais vous devez parfois y faire appel pour décrire exactement une situation telle qu’elle est. La grande nouvelle est tombée le week-end dernier : l’ex CEO d’Omega-Pharma Marc Coucke, un richissime entrepreneur belge mondialement connu, veut investir 23,2 millions d’euros dans Pairi Daiza coté en bourse… pour le faire sortir de la bourse. Le nom du parc animalier Pairi Daiza, où vivent 5.000 animaux, signifie en vieux persan ‘jardin clos’. Il s’agit de la plus ancienne dénomination jamais donnée au ‘paradis’. Le nombre de visiteurs a crevé les plafonds lorsque le parc a pu accueillir deux pandas géants en provenance de Chine. L’action a connu une hausse de plus de 50% suite au phénomène panda.

La partie technique de l’histoire est très simple : le fondateur Eric Domb détient aujourd’hui via sa société Wildo Properties 69,04% des actions de Pairi Daiza, Marc Coucke en détient 2,4% depuis quelques années via sa société Alychlo. Les deux entrepreneurs complices vont lancer une offre publique d’acquisition sur toutes les actions qui leur manquent. L’action est cotée en bourse à 60 euros. Le prix de l’offre du duo Eric Domb et Marck Coucke se monte à 73 euros par action. 

Revenons au titre de cet article : ‘Un parc animalier en Belgique montre la voie à l’industrie mondiale du tourisme’. Domb et Coucke ont annoncé que les raisons de cet investissement n’étaient pas, certainement dans la première phase, motivées par le gain. La communication officielle : ‘Pairi Daiza va se consacrer à l’avenir à des projets qui ne visent pas la rentabilité financière’. Eric Domb : ‘Il n’y a qu’une chose qui compte : mon vision d’avenir pour mon projet de vie. Qui est d’investir dans la protection d’espèces animales menacées et de développer des activités culturelles dans le parc.’ Les raisons qui poussent Pairi Daiza à quitter la bourse sont que ces objectifs ne peuvent pas être imposés à des actionnaires externes qui recherchent avant tout à maximiser le rendement de leur investissement. 

Je veux bien le croire. Mieux, j’aimerais vraiment que l’industrie mondiale du tourisme entende cette histoire. Le tourisme pourra difficilement survivre dans un monde où les plus grands sites touristiques – pensez à Machu Pichu, aux pyramides, mais aussi à la Place Saint-Marc de Venise, la Cité Interdite, les chutes du Niagara et le Sacré-Cœur de Paris – sont en danger. Tous ces sites accueillent chacun plus de 10 millions de touristes chaque année. Chacun de ces ‘hot spots’ croule sous la pression de ce volume de visiteurs. Chacun de ces endroits uniques sont proposés dans des packages pour le plus grand nombre et sont commercialisés par de petits ou de grands acteurs qui veulent tous s’offrir une part du gâteau.  

Le tourisme mondial est sous la menace de son propre succès. Les causes principales : trop ‘de masse’, pas assez de respect de ce qui est visité, pas assez de connaissance et de respect pour les différences culturelles et la chasse au retour sur investissement immédiat. Je ne suis pas porté sur les alternatives qui sont seulement orientées vers des expériences plus ‘authentiques’. Ceux qui ont suivi mon parcours professionnel le savent. Mais cependant, l’histoire d’Eric Domb et de Marc Coucke m’a fait réfléchir. Si leurs intentions sont pures, il y a une leçon à en tirer. Ou une approche que nous devons au moins suivre de près. 

Les principaux lieux touristiques, grands ou petits, doivent être choyés et protégés. Car ils sont sous pression, ils sont menacés. Par le tourisme. Il faut en être conscient. Entretemps, j’espère sincèrement que Domb et Coucke sont tout aussi sincères dans la mise en œuvre de leur projet. Sinon, je n’aurai pas vraiment l’air malin. Mais pour moi, ce n’est pas grave. Ce serait beaucoup plus grave que ce soit encore un rêve qui se brise.

15-09-15 - par Jan Peeters