Annuler des vols ?

Mauvaise figure

Croyez-moi : nous nous ridiculisons en tant que secteur du voyage. Ce n'est même pas toujours de notre faute : le secteur est en plein redémarrage et les promesses de grève pleuvent, avec pour thème central "nous ne sommes pas assez payés" d'une part et "la charge de travail est trop élevée" d'autre part. Je peux comprendre la première, mais je trouve la seconde difficile.

Les entreprises du secteur du voyage ont besoin de chiffre d'affaires et de liquidités. Nous avons eu de bons mois de réservation dans la plupart des domaines, avec une reprise des voyages de loisirs et d'affaires. L'annonce récente de l'ouverture totale des États-Unis est pour beaucoup la bonne nouvelle qu'ils attendaient.

Depuis des mois, les consommateurs transforment leur "envie de voyager" en réservations. Mais les histoires d'aéroports encombrés, de vols annulés et d'autres misères font hésiter les consommateurs - surtout les familles - qui n'ont pas encore réservé leurs vacances.

En ce moment, le secteur du voyage est hors de contrôle. Les syndicats crient haut et fort que l'été sera chaotique, et les associations de consommateurs commencent à s'agiter. Il y a une menace de changement dans l'opinion publique, et c'est dangereux.

Au Royaume-Uni, le directeur général de TUI a présenté des excuses publiques au sujet des retards et des vols annulés pendant les jours de pointe du mois de mai. Il a évoqué l'"écosystème complexe" de services dont dépendent le tour-opérateur et la compagnie aérienne. C'est vrai, mais ce n'est pas exactement un message qui inspire la confiance.

Brussels Airlines a opté pour une stratégie proactive : elle appelle les syndicats à se mettre autour de la table pour une "réunion de réconciliation". Le contraste est frappant avec l'attitude agressive de M. O'Leary, le patron de Ryanair, qui qualifie les demandes des représentants du personnel de "non-sens".

Il est grand temps que les différents maillons de la chaîne proposent une histoire positive pour le consommateur, et qui rassure la partie des vacanciers qui n'ont pas encore réservé. Quiconque veut faire grève aujourd'hui, puis choisit le début de la haute saison pour licencier, est mal intentionné. Pire encore, dans le contexte d'un secteur qui a connu l'abîme, cela frise le criminel. Les grèves sont un moyen de coercition légal, mais dans le secteur des services, les gens devraient y réfléchir à deux fois. Le droit de grève doit être respecté, mais nous ne devons pas oublier qu'il remonte à la période qui a suivi la révolution industrielle, pour protéger les travailleurs de l'exploitation par le patron. Aujourd'hui, il devrait y avoir des moyens plus intelligents et plus sophistiqués d'exercer une pression. Le refrain familier "nous ne voulons vraiment pas que les clients aient des problèmes, mais nous devons le faire" est absurde. Vous n'êtes pas obligé de le faire.

 

14-06-22 - par Jan Peeters