Les pieds dans l'eau

Invendable?

C'est probablement une histoire "only in Belgium". Mais quand même. Début janvier 22, le fisc belge a rendu un verdict pour le moins remarquable concernant l'amortissement des frais de rénovation d'un appartement situé à la côte belge, à De Haan. Le dossier a reçu un avis négatif car "l'appartement sera à terme invendable en raison de l'augmentation inévitable du niveau de la mer".

Pour info, il s'agit d'un appartement appartenant à une société, et qui est considéré comme un investissement par cette société. Les contrôleurs fiscaux sont toujours un peu plus sur leur 'qui vive' quand il s'agit d'entreprises, et cherchent des arguments pour rejeter l'amortissement des coûts. Cette fois, cependant, ils ont opté pour une interprétation très inhabituelle, et nous citons : "Ce n'est pas parce que la valeur du bien est plus élevée aujourd'hui qu'au moment de l'achat que ce serait encore le cas lors d'une éventuelle vente dans le futur. Le changement climatique avéré prévoit avec certitude que le niveau de la mer augmentera d'au moins un mètre, ce qui aura pour conséquence que la propriété de De Haan ne sera même plus habitable, et encore moins vendable."

Say What ? De toute évidence, nous avons ici un inspecteur des impôts qui n'est pas du tout dans son élément. Ses patrons et les avocats spécialisés en la matière ont déjà fait remarquer que cet argument ne tient pas la route.

Et pourtant. C'est peut-être un signe des temps.

Le réchauffement de la planète s'accélère, comme le montre une fois de plus la récente conférence de Glasgow. Elle va plus vite que ce que nous pensions il y a quelques décennies.  Sur plusieurs îles, les gens remarquent l'élévation du niveau de la mer centimètre par centimètre. Un article des Nations unies publié l'été dernier ne laissait pas grand-chose à l'imagination :

"La plupart des études montrent que les îles atolls de faible altitude, principalement dans le Pacifique, comme les îles Marshall et Kiribati, risquent d'être inondées d'ici la fin du siècle, mais il est prouvé que certaines îles deviendront inhabitables bien avant : les îles de faible altitude risquent de souffrir de l'érosion côtière et de la réduction de la qualité et de la disponibilité de l'eau douce. Cela signifie que les petites nations insulaires pourraient se retrouver dans une situation presque inimaginable où elles manqueraient d'eau douce bien avant de manquer de terres."

Cela semble alarmant, c'est le moins qu'on puisse dire. D'un fonctionnaire fiscal belge vindicatif aux Nations unies : la démarche semble improbable, et la comparaison tirée par les cheveux. Mais si l'on considère le nombre d'hôtels touristiques qui font de la "vue sur la mer en première ligne" l'un de leurs principaux arguments de vente, de nombreux propriétaires et chaînes d'hôtels feraient bien de se demander si leurs projets à long terme sont encore tenables. Et participez à la discussion - et à l'action - sur le climat, rapidement et avec motivation. Parce que, en tant qu'hôtelier, vous ne voulez pas prendre "les pieds dans l'eau" au pied de la lettre.

23-01-22 - par Jan Peeters