Debat des tenors

Morceaux choisis

Lors du Débat des Ténors du Brussels Travel Top 2016, chaque membre du panel y est allé de sa déclaration. Nous en avons extrait quelques morceaux choisis qui nous serviront de pistes de réflexion. Nous démarrons avec Bernard Gustin, CEO de Brussels Airlines, qui n’a pas mâché ses mots. Et certainement pas quand il a abordé la stratégie hybride des prix et des services de Brussels Airlines.

‘Nous avons refusé de faire le choix entre des prix bas et un bon service. D’accord, vous devez être compétitif sur les prix, sinon vous n’avez pas le droit d’exister dans l’aviation. Mais une différence de prix plus élevés de 10 à 15% par rapport à des concurrents ‘basiques’ est acceptable pour les consommateurs. A condition qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur une bonne qualité de service et de bonnes connexions dans un réseau aérien performant, pendant que de notre côté, nous prenons nos responsabilités en toutes circonstances. Si vous proposez ces garanties – comme Brussels Airlines le fait – votre positionnement est clair et vous êtes de taille à affronter toute forme de concurrence loyale.’

Le CEO de Brussels Airlines est bien placé pour en parler. Le modèle hybride de la compagnie est basé sur une combinaison de prix serrés sur les vols européens avec une offre de service plus que correcte et un réseau long-courrier dans lequel l’Afrique se taille la part de lion. Ce modèle a reçu son flot de critiques dès le début, mais il apparaît aujourd’hui que c’était un choix judicieux.

En jetant un coup d’œil en arrière, le choix stratégique de ce modèle hybride est plus que probablement une des causes principales de la survie et de la réussite de Brussels Airlines. Si l’entreprise avait fait un autre choix, elle aurait été écrasée par la présence des compagnies low cost à Brussels Airport et la croissance des compagnies du Golfe. Aujourd’hui, Brussels Airlines a franchi une fameuse étape dans l’histoire de la jeune compagnie : elle réalise un taux de bénéfice à deux chiffres.

Comme chaque année à pareille époque, il est question de la call-option de la Lufthansa. Depuis 2001, l’actionnaire minoritaire actuel est autorisé à reprendre les 55% des parts de Brussels Airlines qu’il ne possède pas encore. La rumeur a enflé vendredi dernier : les syndicats ont appris par leurs collègues allemands que la Lufthansa avait l’intention de lever l’option cette année. Et dans la foulée, ils ont annoncé que ‘certains managers’ au sein de la Lufthansa étaient prêts à défendre la piste qui consisterait à intégrer Brussels Airlines dans le réseau low cost Eurowings.

Soyons clairs : c’est actuellement – et comme chaque année jusqu’à présent – une fable et toute cette histoire n’est qu’un cri dans le vide lancé par des syndicats frileux. Cela ne nous étonnerait pas que la Lufthansa choisisse cette année encore de laisser voler Brussels Airlines de ses propres ailes. La call-option est en effet encore valable l’année prochaine et peut théoriquement encore être prolongée. Il faut aussi dire qu’en ce moment, la Lufthansa a suffisamment de défis à relever. Pour n’en citer qu’un : les vols long-courrier low cost d’Eurowings lancés en novembre de l’année dernière sont en train de faire leurs maladies de jeunesse. Plus de 30% des vols affichent d’importants retards, ce qui entraîne de lourds dédommagements. Et personne ne connaît mieux ses droits en matière de réclamation lorsqu’une faute a été commise que le consommateur allemand moyen…  

 

Bernard Gustin a également fait une autre déclaration très significative lors du Débat des Ténors : ‘Il aurait été probablement très difficile de prendre de telles décisions dans le développement de Brussels Airlines si nous avions été la propriété à 100% de la Lufthansa.’ Le CEO a cité, entre autres, le frequent flyer program de Brussels Airlines, LOOP. ‘En tant qu’unité de la Lufthansa, il aurait été impossible d’offrir une alternative à Miles & More. Il apparaît aujourd’hui que cette alternative est importante pour Brussels Airlines. Le choix des vols aux USA n’aurait pas non plus été évident. Le CEO de la Lufthansa, Carsten Spohr, l’a d’ailleurs admis lui-même.’

Brussels Airlines publiera bientôt ses résultats pour 2015 et ils seront bons. Mais n’oublions pas qu’ils sont sans doute dus en grande partie au poids stratégique du successeur de la Sabena. Un business model efficace en combinaison avec l’importance de la compagnie nationale pour Brussels Airport et pour l’économie belge : ce sont les deux éléments-clés qui rendent la position de Brussels Airlines unique.

07-02-16 - par Travel360°