La Grèce : un choix historique

Cela devait être une de ces super saisons d’été pour la Grèce. Le fait que le pays occupe depuis un an le devant de la scène (politique et économique) sans interruption semblait faire plus de bien que de mal : les réservations battaient leur plein, la saison d’été s’annonçait bonne, voire très bonne. Jusqu’à ce que les rumeurs sur un possible Grexit ne fassent fuir les clients. Jusqu’à ce que les banques ne ferment, stoppant aussi les réservations last minutes. Le moment est venu de faire le point et de jeter un regard soucieux sur l’avenir. 

Au cours des derniers mois, la question grecque a envahi la une des journaux et la page d’accueil des sites d’infos en ligne. Les images des files aux distributeurs de billets a dans un premier temps fait douter les voyageurs potentiels et le couperet est ensuite tombé : l’incertitude était finalement trop importante.
 
Petite parenthèse : l’industrie du voyage a manqué de proactivité en ne délivrant pas un message clair parmi la masse d’autres informations. Un message à valeur ajoutée qui aurait mis l’accent sur tous les efforts entrepris sur place par les tours opérateurs et les acteurs locaux aurait été vraiment profitable. Alors, la prochaine fois peut-être ? Ceci dit en passant…

Aujourd’hui, après l’accord sur le financement et les mesures à prendre, le gouvernement grec se trouve devant un choix historique en matière de tourisme. Les choix à court terme ne présagent rien de bon. La poule aux œufs d’or n’est pas encore plumée, mais elle a été mise sévèrement au régime. La TVA dans l’hôtellerie va passer de 6,5 à 13%, dans la restauration de 13 à 23%. Pour la prochaine saison, on s’attend à ce que cela se traduise par une hausse des prix de 8 à 13% au niveau des offres de voyages. Les grandes destinations comme Rhodes ou la Crète vont voir disparaître leurs privilèges fiscaux à partir de fin 2016. En conclusion, le secteur du tourisme va être fortement mis à contribution.

Plus que probablement, les différents aéroports grecs feront partie du lot de privatisations exigées : propriétés de l’Etat grec, ils devront être vendus afin d’alléger la charge de la dette publique. Ce sera peut-être profitable à long terme, mais à court terme cela devrait aussi se traduire par des hausses de prix dans et autour des aéroports. 

Heureusement, les atouts de la Grèce comme pays de vacances sont uniques et incomparables. La combinaison du soleil, des îles, de la nature, du patrimoine culturel et historique est en principe imbattable.

En principe. Il est déjà arrivé par le passé que même les meilleurs atouts touristiques pouvaient être dégradés par un cocktail explosif d’imprévoyance politique, de vision trop centrée sur le court terme et d’une absence de choix stratégiques clairs.
 
Le gouvernement grec devra donc aussi et surtout dans cette période difficile faire des choix judicieux pour que la poule aux oeufs d’or continue à le rester.

La communication est ici essentielle. Et investir dans une communication à long terme, forte et active via tous les canaux possibles est d’une importance vitale. Le marketing de destination est une tâche importante pour le pays lui-même : aucun acteur privé ne dispose des moyens, du réseau et de l’envergure nécessaire pour vanter les mérites, la variété et les atouts de la Grèce vers tous les groupes-cibles possibles.

Un second facteur est la confiance. Il est capital qu’aussi bien les autorités politiques que les principaux acteurs du tourisme redonnent de la confiance à leurs partenaires et ce, à long terme. Nous sommes en plein dans la saison 2015, mais la préparation de la saison 2016 est déjà en cours. Le secteur du tourisme a besoin d’une Grèce stable, fiable, d’autant plus que de nombreuses autres importantes destinations connaissent aussi une incertitude géopolitique. Et c’est une chance à saisir pour la Grèce.

L’incertitude est la principale menace pour le succès d’une destination. Et la Grèce est dans la tourmente depuis des mois. Pour jeter un pavé dans la mare : même un Grexit douloureux, mais clair et un retour à la Drachme offrirait plus de sécurité que les tiraillements actuels et les discussions sans fin. Je ne fais pas ici de discours économique ou politique, je laisse cela aux personnes habilitées à le faire via d’autres canaux. Mais en ce qui concerne le tourisme, une certitude s’impose : il n’y a rien de pire que l’incertitude.

06-08-15 - par Travel360°