Le secteur du tourisme en 2015: le dilemme de l’assureur

La grande question que tout assureur se pose : jusqu'à quel moment une certaine activité est-elle assurable? Jusqu’à quel point une assurance est-elle "un risque acceptable" pour l'assureur? Après la faillite des sociétés derrière les marques Skiworld et Pam Vermeulen, c’est une question qui sera sans doute posée. Ou pas? Quelques réflexions sur l '"état des choses" d’aujourd'hui.

Aujourd’hui, beaucoup d'entreprises dans l'industrie du tourisme sont dans l’eau jusqu’au cou. C'est ce que l'on murmure dans les couloirs, les dirigeants de sociétés inquiets s’appellent, et les paiements sont scrupuleusement suivis par les comptables nerveux. En 2014, le nombre de fermetures et de "faillites en-dessous de la ligne de flottaison" était élevé, tant aux Pays-Bas qu’en Belgique. Aux Pays-Bas, le coup de la faillite d’Oad se fait encore ressentir, en Belgique,  après la disparition de BEST Tours et Intermed, il n’y avait plus d’acteurs de taille moyenne. Cette position est maintenant occupée par Corendon et Sunweb.

Les deux "initiatives du secteur" contre l'insolvabilité financière dans le domaine de l'assurance doivent s’assurer que le consommateur est bien protégé. Il faut dire: le système fonctionne. Lors des plus grandes catastrophes de ces dernières années, on venait très rapidement rassurer le client, les voyages étaient garantis, effectués par d'autres entreprises, les consommateurs étaient entièrement remboursés si leur voyage ne pouvait avoir lieu. Le système est financé par les contributions payées par le secteur: clair et transparent donc.

Puis-je faire un commentaire et en même temps, poser une question délicate? En fait, c’est l’industrie du tourisme elle-même, le secteur du tourisme, qui agit dans ce cas-ci comme l'assureur. Une forme d'autorégulation, pour laquelle nous avons déjà reçu,  à juste titre, beaucoup d'éloges. Ça, c’était le commentaire. Maintenant, la question délicate. Dans ce cas, l’assureur, ne doit-il pas commencer à se poser des questions fondamentales ?

Le constat: nous savons aujourd'hui que de nombreuses entreprises travaillent avec des modèles d’entreprise datant d'une époque qui appartient à l'histoire. Les modèles d'entreprise d'hier, ne survivront pas demain. Pam Vermeulen et Skiworld sont de parfaits exemples, mais d’autres acteurs se rajoutent à cette liste, dont chacun sait: ce sont des oiseaux pour le chat. Et pourtant, le secteur continue à porter le poids de ce risque, qui devient chaque jour de plus en plus grand.

Je sais que: les mécanismes de contrôle ont été intégrés, les bilans ont été demandés et ont été étudiés en profondeur, on a tiré la sonnette d’alarme à temps. Mais dans un cadre plus large, au sein de la grande transformation que l’industrie du tourisme connaît actuellement, nous savons très bien que ces mécanismes de contrôle arrivent toujours trop tard.
C’est un problème extrêmement difficile, car comment faire face, en tant que secteur, aux menaces internes d’un système mis sur pieds en interne? En d'autres termes, jusqu'où devez-vous aller si vous voulez agir en tant que “autorégulateur”? Dit autrement: pendant combien de temps encore allez-vous pouvoir utiliser l'argent d’acteurs solides pour couvrir les risques des sociétés, qui sont structurellement en difficulté?

C’est une question de tous les temps, mais en ces temps de développements technologiques rapides, une start-up avec une appli-tueuse peut d'un seul coup balayer tous les acteurs existants. Et puis, nous arrivons au dilemme ultime: on a rendu la vie difficile à beaucoup de nouveaux acteurs parce qu'ils ne respectent pas les "règles existantes". Souvent, dès le début, on a rendu impossible un dialogue mûr et fort. D'autre part : ces "nouveaux acteurs" ne sont, généralement, pas désireux de se conformer. Une situation d’impasse donc. Cependant, il a une vérité éternelle: ce qui est nouveau et bon, rencontre immédiatement le succès.

Avec le système actuel, le secteur assure donc un certain nombre de risques, qui seraient difficilement assurables dans une situation normale. Ceci est, peut-être, une affirmation un peu exagérée, mais clarifie la situation. Ne devrions-nous pas une fois urgemment y réfléchir? Ne devrions-nous pas oser remettre en question, de toute urgence, au moins un certain nombre de certitudes? Ne devrions-nous pas, en tant que secteur, nous regarder une fois dans le miroir et nous demander si le système, qui a toujours bien fonctionné et qui a beaucoup de mérites, passera le test de l’avenir ? Just sayin '.

30-04-15 - par Travel360°