Les problèmes du Premier Monde et les problèmes du Tiers-Monde : un terrible dilemme

Rarement la confrontation entre les ‘nantis’ et les populations désespérées  n’a été aussi sensible que sur certaines destinations de vacances. Le contraste entre les touristes avides de soleil et de plaisirs et les réfugiés à la recherche d’une vie meilleure est criant. Une question pour l’industrie du tourisme : que comptez-vous faire face à ce dilemme ?

Le tourisme est l’industrie la plus importante au monde, mais nous sommes par définition un secteur fragmenté. Organisateurs de voyages, transporteurs, fournisseurs de services,… Il est rare que nous parlions d’une même voix. Nous sommes confrontés aujourd’hui à la rencontre physique entre les ‘Problèmes du Premier Monde’ et les ‘Problèmes du Tiers-Monde’. Et c’est un cruel dilemme.

Quelques réactions récentes dans le Daily Mail – OK, souvent proche de la presse de caniveau, mais c’est journal au plus fort tirage au Royaume-Uni - ont frappé l’imagination. Des vacanciers britanniques se plaignaient que leurs vacances sur l’île de Kos étaient gâchées par ‘la vue de ces réfugiés rejetés sur ses rivages’. Un autre affirme : ‘Vous devez comprendre que ce n’est pas agréable que ces migrants soient assis à l’extérieur du restaurant et nous regardent quand nous sommes en train de manger’. Plus dur encore : ‘Quelle personne saine d’esprit voudrait encore se rendre dans ces îles s’il faut se retrouver parmi tous ces profiteurs ?’ Un exemple d’humanité dans ce qu’elle a de plus mesquin et d’affligeant. Problèmes du Premier Monde.

Les Problèmes du Tiers-Monde des migrants : guerre, pauvreté, famine, mortalité infantile, viols, pour n’en citer que quelques-uns. Le problème  est immense, la probabilité d’une fin heureuse, infime.

L’industrie du tourisme a jusqu’à présent toujours essayé d’éviter cette confrontation. Nous emmenons les touristes vers tous les endroits possibles dans le monde : des lieux hédonistes et luxueux, mais aussi souvent dans les pays les plus pauvres. Le principal argument pour défendre cette démarche : les voyageurs font tourner l’économie locale, ils aident à créer ou à maintenir l’emploi. OK. Mais plus cette fois. 

A Kos, à Lampedusa et aux Canaries, la confrontation est directe et sans facteurs ‘bienfaiteurs’. Cela ouvre de nouveaux débats et pose de nouvelles questions. Tôt ou tard, nous devrons répondre à ce dilemme moral en tant qu’industrie du tourisme. Comment réagiriez-vous en tant que professionnel ou entreprise si l’on vous demandait : ‘Est-ce, selon vous, moralement responsable d’envoyer des touristes là où des centaines de réfugiés débarquent, fuyant leur vie de misère dans l’espoir d’une vie meilleure ?’. 

Le tourisme est une activité économique, pas un mouvement politique, philosophique ou religieux. Nous obéissons donc aux lois économiques.
Mais il y a des limites. Et ces limites sont fixées par le consommateur et de plus en plus, par l’opinion publique. Nous devons donc être prêts à avoir une conversation d’adulte avec ce consommateur et cette opinion publique. Et ce n’est pas simple.

Devez-vous aujourd’hui promouvoir et vendre un voyage vers la Grèce ? Absolument. A 100%. Mais qu’allez-vous faire avec un client qui veut s’informer sur la situation précise à Kos ? D’abord en faisant en sorte d’être vous informé à 100%.  Pour ensuite transmettre cette information de façon claire et honnête.

Un conseil : évitez la presse populaire comme seule source d’information. Leurs propres sources sont douteuses, leurs objectifs platement commerciaux et leur déontologie, totalement absente ou presque. Vous devez en tant que professionnel être bien informé pouvoir faire face aux arguments de clients qui puisent leurs infos dans cette même presse, dont ils ne lisent souvent que les gros titres à sensation. Ce n’est pas notre devoir moral, mais notre devoir professionnel de collecter les bonnes informations sur les destinations que nous proposons. Pour pouvoir en discuter avec les clients avec nuance tout en étant le plus complet possible.

Un CEO d’un tour opérateur réputé soupirait cette semaine à la fin d’une intense et passionnante discussion sur le ‘business’ : ‘Si je fais une rétrospective de la saison, nous avons subi plus que jamais événement après événement, crise après crise. C’est vrai : la seule chose qui manque au tableau serait la grippe aviaire en Espagne. Pour le reste, nous avons vraiment tout connu cette année !’

En effet. Les rapports annuels ne vont pas manquer d’épingler les multiples catastrophes, les incidents, les attentats et les crises. Mais, attention, la première moitié de l’année vient à peine de se terminer. L’information, c’est le pouvoir. La façon dont nous allons informer nos clients sur ce qui se passe sur place dans nos destinations touristiques va en grande part déterminer notre image en tant que professionnels. Nos clients vont venir avec des Problèmes du Premier Monde et c’est compréhensible. Mais nous ne pouvons pas ignorer les Problèmes du Tiers-Monde. Ce n’est plus possible, ni justifiable.

20-08-15 - par Travel360°