Lufthansa contre GDS. Le supplément de 16 € : I want my money back.

Le Lufthansa Group a jeté un pavé dans la mare : à partir de septembre, un supplément de 16 € sera facturé pour chaque billet d’avion réservé via les canaux de distribution GDS. La distribution, les tour opérateurs et les acteurs GDS sont furieux, et Ryanair regarde le tout d’un air narquois. Car en parlant de rejeter ce que vous avez aimé : les GDS ont été mis sur pied fin des années 80… par les compagnies aériennes. Elles veulent sans doute qu’on leur rende tout simplement leur argent.

Amadeus a été le premier à réagir fermement et à relever le fait que ‘l’agence de voyages, le client et l’industrie des voyages sont ensemble les grands perdants’ de l’opération. Amadeus a vu le jour en 1987 à l’initiative de… Lufthansa, Air France, Iberia et SAS.  Aujourd’hui, le Lufthansa Group est la première compagnie en Europe à confronter les utilisateurs des systèmes GDS à cette déclaration historique de Margaret Thatcher vis-à-vis de l’Union Européenne : ‘I want my money back’.

On va encore entendre parler de ce terme dans les prochains mois : DCC ou ‘Distribution Cost Charge’. C’est le nom du supplément de 16 € qui sera automatiquement réclamé à partir du 1er septembre pour chaque billet d’avion réservé via les systèmes GDS.

Le point central du raisonnement du Lufthansa Group réside dans les résultats d’une étude McKinsey, à la demande de l’IATA, qui analyse les revenus de l’ensemble de la chaîne logistique de l’aviation. Il ressort que les GDS, parmi toutes les parties concernées, apportent le plus haut rendement par rapport au  capital investi : 20%. A titre comparatif, le rendement des compagnies aériennes est de 4%, des aéroports de 6% et des avionneurs de 7%. Conclusion de la Lufthansa : rendez-moi mon argent. Maintenant.

Brussels Airlines est fière à juste titre des économies atteintes en matière de coûts au cours des dernières années : les coûts ont été réduits de 9% dans la période 2012/2013 et de 5% supplémentaires dans la période 2014/2015. Cela représente une diminution cumulée des coûts de 14%. D’où pour Brussels Airlines, outre le raisonnement de la Lufthansa, un argument supplémentaire pour défendre ce supplément de 16 €. Tout le monde contribue à l’effort, mais pendant ce temps, toujours selon Brussels Airlines et Lufthansa Group, les caisses des systèmes GDS continuent à se remplir.

Le Lufthansa Group a calculé que la vente d’un billet via un système GDS représente un coût supplémentaire de 16 € pour la compagnie par rapport à la vente d’un billet via les canaux non GDS. Et ce supplément sera intégralement facturé aux clients à partir du 1er septembre 2015 par le Lufthansa Group dans le monde entier.      

Vous voulez encore une justification de cette décision ? Selon le Lufthansa Group, les services GDS sont principalement payés par la compagnie, mais ces services profitent surtout à d’autres. Cela s’explique notamment par la combinaison de vols à l’échelle mondiale et au traitement intégré des réservations et de la facturation. C’est la variante Lufthansa de la logique ‘c’est l’utilisateur qui paie’. A nouveau : ‘I want my money back’.

Dans la communication du Lufthansa Group, l’objectif de cette décision est prononcé de manière très assertive : ‘ les compagnies aériennes du Lufthansa Group augmenteront leur rentabilité en réorientant leur stratégie commerciale’. Bref : le résultat de cette opération doit aller directement dans la case bénéfices de chaque compagnie de la Lufthansa.

C’est réellement un coup de tonnerre. Pas un coup de tonnerre par temps clair, car les nuages s’accumulent pour l’aviation. On peut s’attendre à une confrontation musclée dans les semaines et les mois à venir. Les associations professionnelles, les entreprises GDS et les grandes chaînes d’agences de voyages vont réagir comme si elles avaient été attaquées par un essaim de guêpes. Logique : dans l’ensemble de l’écosystème de distribution de l’aviation, il n’existe nulle part suffisamment de marge pour absorber ce type de montant. Il n’y a donc plus qu’une seule option possible : l’imputer au consommateur. Avec comme résultat, une grande différence entre les prix des compagnies et les prix de la distribution.

04-06-15 - par Travel360°