Lufthansa DCC et Amadeus: technologie, coûts ou pouvoir de distribution ?

Au cours du deuxième semestre, un sujet va certainement être à l’agenda de chaque tour opérateur, de chaque compagnie aérienne et de chaque chaîne hôtelière : la stratégie de distribution aujourd’hui et demain. Lufthansa a fait dernièrement un raffut pas possible qui a réveillé tout le monde : hé ho, il est question de distribution ! Amadeus a son avis sur la décision du groupe Lufthansa.

Lufthansa reproche aux entreprises GDS d’offrir des ‘technologies dépassées’. Amadeus y a vivement réagi via son Senior Vice President Holger Taubmann dans une interview accordée à l’avionneur allemand VFW : ‘Le problème ne concerne pas la technologie, mais bien le pouvoir de distribution. Lorsque l’on abordait la question de la technologie, nous étions les premiers à pousser Lufthansa à proposer avec nous des services auxiliaires sur le marché, pas l’inverse.’  

Conclusion : selon Amadeus, le reproche de Lufthansa selon lequel les entreprises GDS ne peuvent offrir de solutions technologiques avancées est une fausse excuse. La compagnie veut reprendre le contrôle de sa distribution. C’est tout à fait défendable, étant donné qu’actuellement 70% de la distribution et des ventes de Lufthansa Group s’effectuent via les canaux GDS. 

Taubmann est allé encore plus loin et a clairement fait savoir qu’en ce qui concerne Amadeus toutes les cartes sont encore sur la table : “ La solution Direct Connect est théoriquement disponible. Une implémentation serait envisageable dans les 9 à 12 mois, selon les exigences supplémentaires qui nous seront imposées. Il y a des questions qui n’ont pas encore trouvé de réponse comme le processus d’intégration du ticketting et du mid & back office. Cela étant, nous pourrions proposer une solution IT avec un coût estimé de 2 euros par ticket. Lufthansa devrait s’occuper du marketing, de l’intégration technique avec son partenaire de distribution et conclure des contrats pour le contenu disponible et les ventes.”

Conclusion : selon Amadeus, ils sont prêts à offrir une solution ‘full content’, tout à fait en accord avec les attentes du groupe Lufthansa. Ce serait réalisable (realiseervbaar in NL) dans l’année. On peut aussi discuter de l’aspect coûts. Mais Lufthansa peut s’attendre à pas mal de difficultés si le groupe poursuit dans son raisonnement ‘ce que nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux’.

Lufthansa défend également sa décision en pointant la grande différence de ROC d’une compagnie aérienne par rapport aux différents acteurs actifs dans l’industrie de l’aviation. A première vue, il existe un contraste criant et injuste entre le ROC de 4% d’une compagnie vis-à-vis respectivement de 6% pour les aéroports, de 7% pour les avionneurs et de 20% pour les entreprises GDS. Le vice-président d’Amadeus apporte ici aussi une réponse très claire : ‘Nous travaillons dans l’industrie technologique, pas dans le secteur de l’aviation. Nos défis ne sont pas la surcapacité, mais plutôt nos coûts de développement élevés et les risque technologiques. 10% de nos développeurs travaillent exclusivement pour le groupe Lufthansa. Peu de gens savent qu’Amadeus est numéro trois en Europe en matière de recherche et de développement, après SAP.’

Conclusion : pour Amadeus, on ne peut pas comparer des pommes et des poires. Le fait que de nombreuses compagnies soient peu ou pas rentables est principalement dû à la surcapacité du secteur de l’aviation, un problème que l’on rencontre moins dans d’autres secteurs.

A la fin de l’entretien, Holger Taubmann a lancé cette phrase assassine, qui réduit en miette la comparaison de Lufthansa avec la rentabilité de leurs partenaires hors aviation : ‘Je parierais que même si les couts GDS étaient de zéro pourcent, l’industrie aérienne présenterait toujours les mêmes marges qu’aujourd’hui.’

Et pan ! En d’autres termes : Lufthansa devrait regarder ailleurs si le groupe veut accroître sa rentabilité. Le problème ne vient pas des 350 millions d’euros consacrés annuellement aux services GDS, selon Amadeus.
Une chose est sûre, quand les compagnies aériennes et les entreprises GDS seront assises autour de la table, il y aura de l’électricité dans l’air.

17-07-15 - par Travel360°