Le bon sens l’emporte
Fin de l’interdiction des publicités liées aux énergies fossiles
En juillet 2026, la nouvelle coalition municipale de La Haye a décidé de supprimer définitivement du règlement communal (APV) l’interdiction controversée des publicités liées aux énergies fossiles, instaurée un an et demi plus tôt à grand renfort de communication. Concrètement, les tour-opérateurs et les compagnies de croisières pourront à nouveau faire de la publicité dans les abribus et sur les panneaux d’affichage de la ville dès cet automne. Vous avez bien lu : la précédente coalition avait purement et simplement interdit ce type de communication.
Pour le secteur du voyage, qui a mené une vive bataille juridique contre cette mesure sous l’impulsion de l’ANVR et de TUI, cette décision ressemble à une victoire, du moins provisoire. Mais le calme pourrait n’être qu’apparent. Car ce dossier met en lumière une tension de fond entre les caprices de la politique locale et le besoin de stabilité dont les entreprises ont besoin pour exercer leurs activités.
Lorsque La Haye est devenue, le 1er janvier 2025, la première ville au monde à interdire la publicité extérieure liée aux énergies fossiles, les organisations environnementales telles que Reclame Fossielvrij ont salué cette décision comme une avancée historique. Le raisonnement était simple : les pouvoirs publics ne devraient pas encourager des comportements nuisibles pour le climat. Plus de voyages en avion, plus de croisières, plus de voitures thermiques sur les supports publicitaires municipaux. Dans un premier temps, la justice a d’ailleurs donné raison à la commune lors d’une procédure en référé.
Du point de vue de l’industrie du voyage, cette décision créait toutefois une inégalité juridique difficilement défendable. Pourquoi une entreprise touristique ne pourrait-elle pas faire de publicité à La Haye alors qu’elle y serait autorisée à un kilomètre de là, à Rijswijk ? Au-delà de cette question pratique, la mesure touchait à un principe fondamental : une autorité locale peut-elle interdire la publicité pour un produit ou un service parfaitement légal ?
La nouvelle coalition municipale a choisi une approche plus pragmatique. Elle considère cette interdiction comme une mesure essentiellement symbolique, néfaste pour le climat entrepreneurial local et privant la ville de recettes publicitaires dont elle a besoin. Selon cette vision, sa suppression rétablit un fonctionnement normal du marché. J’oserais même parler d’un retour au bon sens.
Pour autant, ce revirement politique ne règle en rien le problème de fond pour le secteur du voyage. Bien au contraire. Il démontre que les règles du jeu peuvent changer au gré des élections. Ce qu’une majorité de centre-droit abroge aujourd’hui pourrait tout aussi bien être réintroduit demain par une coalition progressiste issue du prochain scrutin. Le secteur devient ainsi l’otage des fluctuations de la politique locale.
C’est dans ce contexte que l’ANVR a annoncé, au printemps 2026, une procédure au fond visant à contester le pouvoir même des communes d’imposer de telles interdictions. La question est désormais de savoir si le secteur doit poursuivre cette action en justice alors même que l’interdiction de La Haye a été abandonnée sur le plan politique. Peut-on encore contester devant les tribunaux une réglementation qui n’existe plus, dans le seul but d’établir un précédent de principe ?
Si la profession renonce à cette bataille judiciaire, l’incertitude subsistera partout ailleurs. D’autres villes pourraient en effet décider à tout moment d’adopter des mesures similaires. Le secteur du voyage risquerait alors de se retrouver confronté à une mosaïque de réglementations locales, obligeant les équipes marketing à vérifier, commune par commune, ce qu’elles ont encore le droit de montrer au public.
Épargnons-nous ce scénario.
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