La Turquie refuse une croisière

L’incertitude comme principal danger

La Turquie refuse une croisière

 

S’il est une chose que le tourisme supporte mal, c’est l’incertitude. Parce qu’on ne sait jamais quand elle surgira. Parce qu’elle peut, du jour au lendemain, rendre caducs un contrat, une planification ou un investissement.

C’est précisément ce qui rend l’affaire du Scarlet Lady si révélatrice.

Le navire de Virgin Voyages, qui transportait quelque 2.000 passagers LGBTQ+, n’a pas obtenu aujourd’hui l’autorisation d’accoster à Kuşadası. Le refus a été motivé par des « valeurs sociétales » locales. Autrement dit, ce qui était possible sans difficulté depuis des années ne l’est soudainement plus. Car l’organisateur Atlantis Events n’en est pas à son premier voyage : il organise depuis vingt-cinq ans des croisières vers la Turquie sans le moindre incident. Qu’un responsable local puisse aujourd’hui, d’un simple trait de plume, effacer des décennies de coopération sereine met en lumière un risque plus profond.

Chacun aura son opinion sur cette décision. Mais pour le secteur du voyage, une question est plus importante que le débat politique lui-même.

Les entreprises touristiques peuvent-elles encore faire confiance à des destinations où les règles changent en cours de route ?

Voilà le véritable enjeu de cette affaire.

Aujourd’hui, il s’agit d’une croisière LGBTQ+. Demain, ce sera peut-être un groupe de journalistes. Un congrès organisé par une association particulière. Une délégation culturelle. Ou tout autre public considéré comme sensible au niveau local. Dès lors que les décisions ne reposent plus sur des règles claires, mais sur des interprétations politiques ou morales, apparaît un risque impossible à anticiper ou à chiffrer.

Pour les professionnels du voyage, c’est un véritable cauchemar.

Car comment vendre une destination lorsque l’on n’est plus soi-même certain qu’elle respectera les engagements qu’elle a pris ?

Cet incident survient en outre à un moment où, partout dans le monde, les destinations affichent de plus en plus ouvertement leurs choix en matière d’identité et de valeurs culturelles. Pendant longtemps, le voyage a semblé être l’un des rares secteurs capables de dépasser les clivages politiques.

Aujourd’hui, cette évidence paraît moins acquise.

De plus en plus souvent, les décisions touristiques s’inscrivent dans un récit politique plus large. Les destinations veulent envoyer un message. Sur leur identité. Sur leurs valeurs. Sur ceux qu’elles considèrent comme bienvenus, ou non.

C’est évidemment leur droit.

Mais le marché a lui aussi ses droits.

Car dès lors que le tourisme devient dépendant des humeurs du moment, il n’y a plus de gagnants.

Et l’on constate, une fois encore, que le plus grand ennemi du tourisme n’est pas la crise.

C’est l’incertitude.

 

06-07-26 - par Pieter Weymans