Censure ou mise en ordre ?

Les Émirats arabes unis frappent fort

Censure ou mise en ordre ?

 

Ces derniers jours, le ton des avertissements lancés aux Émirats arabes unis s’est nettement durci. Sur les réseaux sociaux aussi, les mises en garde se multiplient. Toute personne qui propage des rumeurs, partage des images anciennes ou manipulées, ou relaie des informations non vérifiées s’expose à de lourdes sanctions. Les amendes peuvent atteindre 200.000 dirhams, soit environ 50.000 euros, et dans certains cas, des peines de prison sont prévues. Le fait de filmer ou de diffuser des images d’infrastructures sensibles, comme les aéroports, est également explicitement interdit.

Vu d’Europe, cela peut susciter un certain malaise. La liberté d’expression est profondément ancrée dans nos sociétés. Nous sommes habitués à ce que chacun puisse tout partager, à tout moment et partout. Cette approche semble entrer en collision avec nos valeurs.

Mais il ne s’agit pas ici de museler la critique ou de restreindre le travail journalistique. Il s’agit de contrôler l’information dans un contexte où une seule vidéo virale peut provoquer plus de dégâts qu’un événement réel. Ces derniers jours, des vidéos circulant en ligne prétendaient montrer des incidents à Dubaï. Elles se sont révélées ensuite falsifiées, manipulées numériquement ou totalement sorties de leur contexte. Lorsqu’elles ont été démenties, le mal était déjà fait.

Dans un tel environnement, l’information devient en soi un facteur de sécurité. La panique est rarement rationnelle, mais elle est contagieuse. Et les réseaux sociaux constituent un terrain idéal pour sa propagation.

Ce que font aujourd’hui les autorités émiraties, c’est reconnaître explicitement cette réalité. Elles ne disent pas que rien ne peut être partagé, mais que l’information doit provenir de sources officielles. Elles ne disent pas que les images sont interdites, mais que les images d’infrastructures critiques ne sont pas des souvenirs anodins. Dans un contexte géopolitique tendu, une image apparemment banale peut soudain acquérir une valeur stratégique.

En Europe, nous sommes collectivement devenus nonchalants face à la désinformation. Les fake news font désormais partie du paysage, dit-on. On corrigera après coup. Sauf que cette correction arrive souvent trop tard, ou n’arrive pas du tout. Entre-temps, le récit s’est déjà imposé.

Les Émirats arabes unis font un autre choix. Ils préfèrent fixer des limites claires en amont plutôt que de tenter de réparer les dégâts a posteriori. Ils privilégient la clarté aux zones grises. Et oui, ces limites sont assorties de sanctions lourdes.

Une seule image erronée, un seul message non vérifié, peut entraîner des annulations, des changements de réservation et de l’inquiétude chez les clients. Nous savons tous à quelle vitesse cela se produit. Les voyageurs se fient de moins en moins aux canaux officiels et de plus en plus à ce qu’ils « voient passer ». Cela rend notre secteur particulièrement vulnérable au bruit informationnel.

La liberté d’expression reste essentielle, elle n’est pas négociable. Mais une liberté sans responsabilité n’existe pas.

Les Émirats tracent aujourd’hui cette ligne de manière remarquablement claire.

Et c’est une bonne chose.

 

05-03-26 - par Pieter Weymans