Virgin Voyages et Google

La première pièce du domino ?

Virgin Voyages et Google

 

Ces derniers mois, je parle souvent d’agentic AI. Et presque à chaque fois, je constate la même réaction. Les gens écoutent attentivement, mais on le sent : pour beaucoup, cela reste abstrait. Technologique. Quelque chose qui se joue encore, pour l’instant, en marge de leur réalité quotidienne. Et c’est parfaitement compréhensible.

Je dis alors généralement ceci : l’agentic AI n’est pas une question de si, mais de quand. Et plus encore : ce ne sera pas une évolution progressive, mais un jeu de dominos. Il suffira d’attendre que la première pièce tombe. Une entreprise, un cas concret, qui démontre qu’avec une approche agentique, on peut accomplir le travail pour lequel il fallait auparavant, par exemple, dix personnes. À ce moment‑là, le débat passera très vite de « intéressant » à « inévitable ».

Et une fois cette première pièce tombée, les autres ne pourront que suivre. Nouveaux modèles économiques, nouvelles répartitions des rôles. Or ce qui se profile aujourd’hui ressemble de plus en plus à cette première pièce du domino.

Lors de Google Cloud Next 2026, en avril, une chose a sauté aux yeux : Google a utilisé explicitement notre secteur comme vitrine pour son agentic AI. Et, dans ce contexte, le monde de la croisière a été cité de manière particulièrement fréquente.

La planification d’une croisière est presque caricaturalement complexe. Ce n’est pas une simple recherche de prix et de disponibilité. C’est une succession de décisions : itinéraire, calendrier, navire, cabine, excursions, restauration, budget, attentes. Les choix interagissent entre eux et évoluent dans le temps. C’est précisément ce qui fait, selon Google Cloud, de la croisière un laboratoire idéal pour ce qu’ils appellent l’agentic AI : des systèmes qui ne se contentent pas de répondre, mais qui planifient des étapes, conservent le contexte et coordonnent des actions.

Autrement dit : la croisière illustre parfaitement la différence entre un chatbot et un véritable agent. Entre parler et agir.

Cela explique aussi pourquoi Google Cloud a mis en avant, lors de Cloud Next, Virgin Voyages et Rovey, son nouvel assistant IA pour l’équipage. Rovey n’est pas une « conversation intelligente » ajoutée à un site web. C’est le premier résultat visible de Project Ruby, une architecture IA plus large dans laquelle Virgin intègre l’ensemble de son parcours pré‑départ.

Rovey n’accompagne pas une seule question, mais un processus de réflexion. Où en êtes‑vous dans votre décision ? Qu’avez‑vous déjà exploré ? Qu’est‑ce qui correspond à votre style de voyage ? Quels choix s’excluent mutuellement ? C’est exactement le type de problématique pour lequel l’agentic AI a été conçue.

Google souligne lui‑même que Rovey n’a été possible que parce que Virgin a accepté de rendre ses données et ses workflows « agent‑ready ». C’est l’aspect souvent sous‑estimé dans les récits autour de l’IA. L’agentic AI ne fonctionne pas au‑dessus de systèmes faibles. Elle les met impitoyablement en lumière.

L’agentic AI n’est pas un plug‑in. C’est une réorganisation de la manière dont les décisions sont prises, dont les données circulent et dont les services sont pilotés.

Si les croisières sont mises en avant ici, ce n’est pas parce qu’elles constituent une niche, mais parce qu’elles représentent un cas extrême. Si l’agentic AI fonctionne là, elle peut fonctionner partout. Et si elle échoue là, elle échouera forcément ailleurs.

Pour la distribution et le conseil en voyage, c’est une perspective inconfortable. Car si des décisions complexes peuvent être condensées dans un seul flux d’IA continu, la valeur ajoutée se déplacera encore davantage vers l’interprétation, la confiance et la nuance humaine. Non pas vers une disparition, mais vers une transformation.

C’est la question qui plane au‑dessus de tout ce récit. Pas encore parce que Rovey remplacerait aujourd’hui le travail de dix personnes, mais parce que c’est la première fois qu’un grand acteur montre publiquement comment l’agentic AI est déployée sur un processus central.

Si ce projet réussit, Rovey pourrait bien être la pièce qui fait vaciller toutes les autres.

Et alors, pour plus personne, l’agentic AI ne sera une histoire lointaine. 

 

27-04-26 - par Pieter Weymans