La facture invisible

des grèves à Charleroi Airport

La facture invisible

Alors que le ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, a fait appel à un médiateur externe pour débloquer le conflit sur les primes de nuit chez skeyes, Charleroi Airport respire à nouveau prudemment. Le syndicat libéral a suspendu les actions nocturnes afin de donner une chance aux négociations. Pourtant, l'impact du conflit dépasse de loin la seule tour de contrôle : en coulisses, le secteur du voyage organisé doit faire l'impossible pour garantir la continuité pour les voyageurs. Sans que les partenaires sociaux ne s'en rendent compte - ou ne veuillent s'en rendre compte -, la facture du conflit est transférée au reste de la chaîne.

Lorsqu'un aéroport est paralysé de manière répétée ou progressive, cela provoque une gigantesque réaction en chaîne dans l'ensemble du secteur des voyages. Les compagnies aériennes annulent des vols, mais les dégâts ne s'arrêtent pas là. Les agences de voyages et les voyagistes qui proposent des voyages à forfait et des voyages dynamiques encaissent les coups les plus durs.

Cela est parfaitement exprimé par Denis Pappi, Country Manager Belgium au sein du groupe de voyage B2B Digitrips. Après des semaines de perturbations continues, il dresse un constat lucide de la réalité sur le terrain : « Après 24 jours de grève à l’aéroport de Charleroi, l’impact dépasse largement le seul cadre du transport aérien. Pour acteurs tels que Digitrips ces perturbations représentent un défi opérationnel majeur. Nos équipes sont mobilisées en permanence pour accompagner les agences et leurs clients, trouver des alternatives, gérer les reprogrammations et traiter les remboursements, avec une charge de travail sans commune mesure avec une activité normale. »

Le problème réside dans le mécanisme même des voyages à forfait modernes. Lorsqu'un vol au départ de Charleroi est annulé, c'est l'ensemble de la chaîne du voyage qui s'effondre. Le consommateur s'attend à une solution ou au remboursement de son argent. Ce sont les organisateurs de voyages qui doivent couvrir les dommages de leur propre poche. Dans une réaction adressée à notre rédaction, Denis Pappi souligne ce grand écart financier : « Pour Digitrips, dont l’offre repose largement sur le Dynamic Package, les conséquences financières sont lourdes. Lorsqu’un vol est annulé, nous devons, dans la plupart des cas, absorber les coûts liés aux autres prestations du voyage, notamment les hôtels et les transferts, afin de préserver la qualité de service offerte à nos clients. Cette succession de mouvements sociaux fragilise l’ensemble de l’écosystème touristique et souligne la nécessité de solutions permettant la continuité des activités essentielles. »

La limite du droit de grève

Que les actions soient désormais suspendues en vue des concertations est une bonne chose. Mais les dommages subis ne disparaîtront pas d'un simple coup de stylo au bas d'un accord social. Le droit de grève est un droit social fondamental, mais lorsqu'il est exercé sans égard pour les préjudices disproportionnés causés aux tiers, il perd sa légitimité sociale. Des acteurs extérieurs qui n'ont rien à voir avec les revendications concernant les primes de nuit - des agences de voyages et voyagistes jusqu'aux chaînes hôtelières lésées et aux voyageurs eux-mêmes - paient le prix de l'impasse.

Lorsque des semaines de perturbations deviennent la norme, il ne s'agit plus d'un « signal social » proportionné. Cela devient une guerre d'usure dont la facture est délibérément mise à la charge d'intermédiaires qui n'y sont pour rien.

Il est grand temps que le monde politique mette en place un service minimum garanti ainsi qu'une répartition plus équitable des risques en cas de dommages causés par les grèves. Tant qu'une grève dans un aéroport prendra en otage toute la chaîne du voyage et infligera des pertes financières à des entreprises agissant de bonne foi, c'est l'économie tout entière qui sera perdante.

29-09-26 - par Bart Matthijs