L’Europe veut limiter le tourisme
Mais peut-elle vraiment se le permettre ?
L’Europe entretient aujourd’hui une relation pour le moins paradoxale avec le tourisme. D’un côté, les voix dénonçant ses excès se font de plus en plus fortes. Cet été encore, le même constat revient : trop de visiteurs, trop de logements touristiques, trop de navires de croisière, trop de pression sur les villes et leurs habitants.
De l’autre, le tourisme reste l’un des secteurs économiques les plus performants du continent. Et cela mérite également d’être rappelé.
Selon les dernières données du World Travel & Tourism Council, les dépenses mondiales consacrées aux voyages de loisirs ont atteint environ 6.150 milliards de dollars en 2025. Sur ce montant, près de 2.000 milliards de dollars ont été dépensés en Europe. Autrement dit, un dollar sur trois consacré aux voyages de loisirs dans le monde est dépensé en Europe.
Et la croissance ne montre aucun signe d’essoufflement. Le WTTC prévoit que l’économie touristique européenne progressera de 3,6 % en 2026, alors que l’économie européenne dans son ensemble devrait croître d’environ 1 %. Les visiteurs internationaux devraient en outre augmenter significativement leurs dépenses.
Des chiffres dont la plupart des autres secteurs économiques rêveraient.
Pourtant, le débat sur le tourisme porte de plus en plus souvent non plus sur la croissance, mais sur la nécessité de fixer des limites.
Barcelone souhaite supprimer des milliers d’appartements touristiques d’ici 2028. En Espagne, au Portugal et en Italie, des habitants sont de nouveau descendus dans la rue pour dénoncer les effets du tourisme de masse. La Grèce a limité les nouvelles locations touristiques dans certains quartiers d’Athènes et instaure des prélèvements supplémentaires pour les visiteurs de destinations fortement sollicitées comme Santorin et Mykonos.
Mais l’Europe ne peut pas se permettre de considérer le tourisme comme un problème économique.
Au sein de l’Union européenne, le Travel & Tourism a généré près de 1.900 milliards d’euros d’activité économique en 2025 et représenté près de 26 millions d’emplois, selon le WTTC.
Surtout, le tourisme continue actuellement de croître plus rapidement que l’économie européenne dans son ensemble.
Pour un continent confronté à une faible croissance économique, au vieillissement de sa population et à une concurrence internationale accrue, il s’agit davantage d’un atout que d’un fardeau.
Nous disposons de quelque chose pour lequel le reste du monde est prêt à dépenser massivement : nos villes, nos plages, notre patrimoine culturel, notre gastronomie, nos paysages naturels et notre art de vivre.
Réduire volontairement cet avantage économique serait pour le moins étonnant. Mais laisser le secteur poursuivre sa croissance sans aucune forme de pilotage ne constitue pas non plus une option durable.
Il faut donc encourager les séjours plus longs plutôt qu’une multiplication des courts voyages. Mieux répartir les flux touristiques sur l’ensemble de l’année. Orienter les visiteurs vers des régions moins connues. Augmenter les retombées économiques locales. Adapter les infrastructures. Et veiller à ce qu’une part plus importante des revenus du tourisme bénéficie aux territoires et aux populations qui en supportent l’impact.
Un enjeu qui concerne également l’industrie du voyage.
Car lorsque les destinations commencent à faire évoluer leur politique d’une logique de volume vers une logique de valeur, leurs attentes vis-à-vis des tour-opérateurs, compagnies aériennes, compagnies de croisière, hôtels et agents de voyages évoluent elles aussi.
Dans ce contexte, le partenaire le plus intéressant n’est plus nécessairement celui qui apporte le plus grand nombre de touristes, mais celui qui apporte les bons touristes.
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