Surtourisme: une Menace?

Mettons les choses au point.

C’était comme si tous les médias avaient découvert soudainement les termes de surtourisme, d’antitourisme ou même de tourismophobie cet été. Les journaux, les sites web et les émissions de TV se sont rués pour annoncer que les touristes se marchent littéralement sur les pieds, de Venise à Dubrovnik en passant par Barcelone, Palma, Amsterdam, Machu Pichu et les îles thaïlandaises ou indonésiennes.

Les médias se sont avidement emparés de la colère d’une partie de la population locale. Les actions récentes à Barcelone contre des bus touristiques, les manifestations de protestation à Venise contre des bateaux de croisière et les graffitis antitouristes ici et là ont été abondamment commentés.

Les politiques – pour autant qu’ils ne se trouvent pas en vacances sur place – ont affirmé comme toujours ‘’qu’ils prenaient le problème au sérieux’’ que ‘’les destinations touristiques devaient rester vivables pour les habitants’’ et que ‘’les touristes et les locaux devaient pouvoir vivre ensemble en harmonie’’. Parfait, rien à redire.

Une partie d’un problème plus vaste et donc une partie d’une solution plus vaste.

Mais l’on apporte rarement des solutions structurelles crédibles qui tiennent compte de l’ensemble des éléments sous-jacents. L’industrie du tourisme est aujourd’hui le plus important employeur de la planète : les revenus d’1 personne sur 11 au moins en dépendent. Les gens voyagent 2 fois plus à l’étranger que 20 ans auparavant. Plus de bien-être, des revenus disponibles plus conséquents, davantage de vols et de vols plus avantageux, une forte croissance des possibilités d’hébergement dans et en dehors de l’offre classique : tous les indicateurs sont au vert pour plus de tourisme et donc pour une plus grande demande de produits touristiques.

Les habitants pointent les touristes, les autorités pointent l’industrie du tourisme, mais soyons clairs : aucun des deux ne peut avancer une véritable solution qui tienne la route.

Et c’est logique parce que le surtourisme ne représente qu’une partie de la surconsommation mondiale. Une partie effectivement très visible, surtout pendant les périodes de vacances (scolaires).

Mais ce n’est pas juste de grossir ce phénomène en le passant sous la loupe des médias pendant que d’autres phénomènes sont la conséquence des mêmes causes : les embouteillages sont partout un fléau quotidien sans qu’aucune solution viable ne soit mise en avant, le réchauffement de la planète continue sans qu’aucune mesure radicale ne soit prise et la chaîne alimentaire peut également s’attendre à connaître sans aucun doute une nouvelle crise suite au scandale des oeufs contaminés…

C’est inévitable : tout le monde va davantage voyager.

Je redoute le moment où les Chinois, les Japonais, les Africains,… vont vraiment commencer à voyager massivement et vont vouloir visiter par dizaines de milliers les grands classiques européens et mondiaux tous en même temps. Je vous donne mon avis : si l’on instaure à ce moment des quotas, des débats sur la discrimination vont directement s’ouvrir et l’ensemble de la problématique pourrait prendre une toute autre forme.

Pas un phénomène isolé.

Le point que je veux soulever avec cet article est le suivant : il est de fait injuste de traiter le surtourisme comme un phénomène isolé. Il est de fait injuste de bombarder le consommateur en juillet et en août avec des titres et des reportages ultra connus d’aéroports saturés, de plages bondées et de longues files d’attente. Dans l’ensemble du débat, l’industrie du voyage peut adopter une attitude assertive : le tourisme ne représente qu’une partie des besoins de consommation croissants d’une population planétaire en croissance constante. La meilleure description du défi nous vient de Taleb Rifai, secrétaire général de l’Organisation Mondiale du Tourisme : ‘’Growth is not the ennemy, it’s how we manage it that counts’’. Le tourisme va continuer à croître et une régulation sera nécessaire. Mais cette régulation ne doit pas être un obstacle à la croissance.

 

Un élément important de la solution : la technologie

Oui, la solution va venir en grande partie grâce à l’aide de la technologie. Les flux de visiteurs pourront être mieux calculés et canalisés, les files d’attente pourront être évitées via des réservations en ligne, des alternatives et des destinations encore méconnues pourront communiquer leurs avantages plus rapidement que jamais et l’offre touristique va sensiblement augmenter partout dans le monde. C’est ce que sous-entend, entre autres, Taleb Rifai avec l’aspect ‘’how we manage it’’.

16-08-17 - par Jan Peeters